Les pluies intenses rechargent les nappes, sans donner de certitudes pour l’été
Les intempéries et les crues actuelles permettent une recharge « très active » des nappes phréatiques françaises. Mais rien ne garantit pour autant que le pays échappera à la sécheresse cet été, soulignent les experts.
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« La recharge des nappes phréatiques est très active avec 77 % des niveaux en hausse. La situation globale s’améliore et est satisfaisante avec 47 % des points d’observation au-dessus des normales mensuelles », indique le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans un point de situation au 15 février. C’est logiquement plus qu’au 1er février (36 % au-dessus des normales), avant les violentes intempéries de l’Ouest. « C’est plutôt une bonne chose, elles vont pouvoir stocker de l’eau », souligne Florence Habets, docteure en hydroclimatologie, interrogée par l’AFP.
Le pays, balayé par plusieurs tempêtes successives, enregistre sa plus longue série de jours de précipitations depuis le début des mesures en 1959. La France a ainsi connu jeudi son 36e jour consécutif de pluie, selon Météo-France, subissant des crues dans plusieurs régions du Grand Ouest.
Les maraîchers du Grand Ouest noyés sous les pluies (18/02/2026)
Des crues peu liées aux nappes
Il existe un phénomène dit d’« inondation par remontée de nappes » lorsque l’eau souterraine remonte jusqu’à la surface du sol. Cela ne concerne que les nappes dites « libres », qui ne sont pas séparées du sol par une couche de terrain imperméable.
« On ne peut pas faire de lien immédiat entre une analyse globale du niveau des nappes sur tout le territoire national et les crues en cours », indique Lucie Chadourne-Facon, directrice du service central Vigicrues. « Les crues actuelles sont principalement dues à des sols saturés engendrant un fort ruissellement de surface et des crues de cours d’eau », souligne le BRGM. Selon lui, les nappes inertielles — qui réagissent très lentement aux pluies — ne sont « pas impliquées dans les inondations actuelles » et le risque est jugé « très faible sur les prochains mois ».
« Ce faible risque est une bonne nouvelle car la décrue d’inondations par remontée des nappes inertielles se fait lentement : les terrains peuvent alors rester immergés plusieurs semaines », notent les spécialistes. Certaines nappes plus réactives ont en revanche « pu contribuer aux inondations de février, comme c’était déjà le cas en janvier ».
Incertitudes pour l’été
« Le fait qu’on ait des crues actuellement ne signifie pas qu’on n’aura pas de sécheresse cet été », rappelle Lucie Chadourne-Facon, soulignant qu’en 2022 des inondations de la Garonne en hiver avaient été suivies à l’été par une des sécheresses les plus importantes dans le Sud-Ouest.
Il existe d’ailleurs plusieurs types de sécheresse, que l’on parle du manque de pluie, de la sécheresse des sols ou de la sécheresse des cours d’eau et des nappes phréatiques (dite hydrologique). Le BRGM, qui évalue ces dernières, reste prudent dans ses prévisions malgré l’amélioration actuelle. Pour les nappes inertielles, « les prévisions en sortie d’hiver sont plutôt favorables » mais « des incertitudes relatives à la fin de la période de recharge subsistent et les prévisions pour l’été 2026 sont plus incertaines ».
Pas de scénario pour les prochains mois
« Concernant les nappes réactives affichant des niveaux excédentaires (Corse, moitié sud de l’Hexagone et Massif armoricain), les prévisions saisonnières sont optimistes. Mais elles demeurent incertaines à plus long terme car dépendantes des cumuls pluviométriques de la fin d’hiver et du printemps », ajoute le BRGM.
Dans ses tendances à trois mois (de février à avril), Météo-France ne privilégie « aucun scénario » pour les précipitations, dont le niveau sera crucial au printemps pour déterminer l’état de ces nappes les plus sensibles à la météo. « Les nappes réactives peuvent se vidanger en quelques semaines, en cas de sécheresse prolongée et intense » mais « les situations devraient cependant être plus favorables sur le Roussillon et le Languedoc que les quatre étés précédents », marqués par de graves sécheresses, conclut le BRGM.
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